L’amour romantique est le rêve d’avoir une relation basée sur un amour absolu. Pour réaliser ce rêve, les personnes concernées idéalisent l’être élu. Sans le connaître, elles projettent sur lui leur besoin d’exister par un amour fait de fusion, de sentiments éternels et d’une harmonie sublime. Ce rêve peut être entretenu ensemble avec une sexualité débridée et une dévalorisation de soi.

 

Le mythe de l’amour romantique, unique, pure, foudroyant, passionné et passionnant, est socialement transmit. Il apparaît au XIXe siècle, avec le passage de l’amour arrangé au mariage d’attachement, et au XXe siècle, il s’installe définitivement avec la tentative de la libération des femmes, qui croient pouvoir décider d’être en couple ou non, ou qui croient pouvoir décider de leur sexualité. Les films romantiques, les comédies romantiques et les chansons romantiques, participent à reproduire ce mythe, générant ainsi une hypnose collective. Trouver le grand amour devient alors l’objectif qui conditionne le destin de beaucoup des personnes, particulièrement celui de femmes infantiles dévalorisées.

 

Le manque d’amour et de valeur personnel impulsent ce rêve

 

La certitude inconsciente de devoir dépendre des autres pour avoir une valeur personnelle et pour exister, est répandue dans les jeunes générations. Menés par l’hypnose collective de notre société actuelle, les jeunes se consacrent à obtenir une valeur fictive dans le consumérisme des choses, ainsi que dans le consumérisme amoureux et sexuel.
Par exemple les « selfies », ou égoportraits, si largement diffusés sur les réseaux sociaux, sont le moyen de montrer une image de soi « valorisante ». De nombreuses adolescentes s’exhiber sur Facebook, extrêmement maquillées et habillées d’une façon qu’elles croient « sexy ». Cependant, les images que montrent ces filles, les amènent à se sentir intimement fragiles, car elles sont si dévalorisées, qu’elles dépendent des jugements extérieurs qu’elles craignent. Mais elles continuent à poster, totalement soumises au conditionnement des réseaux sociaux.
Ses femmes, encore petites filles, se retrouvent engagées comme un cochon d’Inde dans sa roue, dans une course frénétique imposée par les médias sociaux qui confirment en fait la dévalorisation qu’elles essayent de « réparer ». En lieu de questionner les règles implicites que la société les impose, et d’identifier et transcender leurs croyances anxiogènes et dévalorisantes, elles se dédient à mendier la reconnaissance des autres pour se sentir « exister ». Sans se rendre compte, elles reproduisent les stratégies imposées par une société narcissique : elles essayent d’exister à partir d’une « image vide ».
Conditionnés par des adultes immatures, narcissiques et/ou dépendants, nombreux enfants grandissent sans dignité, sans acuité, sans assertivité, sans confiance en soi et sans aucune capacité à fixer des limites. Dans l’adolescence, qui est l’étape où se développent l’introspection et le discernement, ils sont incapables de réfléchir sur les normes et les règles de la société, pour juger de leur validité. Ils sont incapables de discerner le « faux » du « vrai»,
Par exemple, si la société déclare implicitement qu’il est honteux d’être vierge, de nombreuses adolescentes décident d’avoir leur première expérience sexuelle avec le premier venu, qui ne les attire même pas. Il s’agit d’un viol perpétré par elles-mêmes contre elles-mêmes. C’est ainsi qu’elles font le bonheur des jeunes qui n’aspirent qu’à mieux séduire les filles pour en amener un maximum dans leur lit et se convaincre ainsi de leur propre valeur.
Le besoin de se valoriser amène les jeunes à chercher deux chimères : une liberté sexuelle débridée et une relation romantique unique. Dans les deux cas, ils confirment leur manque d’amour, leur manque de valeur personnelle et leur vide existentiel.

 

La « condition pour être » est créée par le « faux self »

 

Que la valeur personnelle dépende d’un amour unique et romantique, ou de la liberté sexuelle débridée, il s’agit dans le deux cas d’une « condition » pour être, ou pour exister aux yeux des autres. Cette condition est créée par le « faux self » de chacun. Il s’agit d’un faux « moi », purement psychique, adopté dans l’enfance pour survivre aux situations pénibles et chaotiques générées par un système familial dysfonctionnel, ainsi que par la société hypnotique orientée vers le narcissisme et le consumérisme. Inconsciemment, chaque personne s’emprisonne dans son « faux self » et entretient les mécanismes que ce « moi » met en place pour survivre. Par cause d’un « faux self », qui n’est jamais remis en question, chacun reste puérilement dépendant des autres. C’est ainsi qu’émerge la dépendance affective dysfonctionnelle. Vous pouvez lire l’article ici.

 

La pensée magique du « faux self » 

 

L’un des mécanismes infantiles du « faux self » est la « pensée magique ». Il s’agit d’un mécanisme par lequel une personne projette sur quelqu’un d’autre les objets imaginaires de son propre psychisme, pour ensuite le façonner. Identifiée à son « faux self », cette personne fait de l’autre ce qu’il n’est pas. Cette projection et ce façonnage de l’autre, produisent des sensations corporelles intenses.
Un exemple flagrante étais la mère de l’un de mes clients, qui se prenait par une voyante éclairée. Lorsqu’elle a eu son enfant, elle en a fait l’incarnation de Jean le Baptiste. Pour se valoriser, elle avait besoin de croire qu’elle était devenue la mère d’un grand prophète. En faisant cette projection, elle avait façonnée l’être réel qu’était son enfant en un « objet » de son imagination. Cela a brisé son enfant au point qu’il est devenu un narcissique dissimulé de sous-type occulte.
De même, de nombreuses femmes aspirent secrètement à trouver un grand amour, un amour unique et fougueux qui pourrait enfin les rendre heureuses. Se lançant dans la quête de ce fantasme infernal, qui détermine leur bonheur ou leur malheur, elles projettent leur rêve sur quelqu’un. Elles créent alors une représentation idéalisée de l’autre personne et ensuite elles font une introjection de cet objet internalisé. Ce faisant, elles ressentent un coup de cœur irrésistible. Très vite, elles regardent l’objet d’amour idéalisé comme s’il était leur « âme sœur ». Dans cet état hypnotique d’auto-infatuation, elles tombent amoureuses de leur propre « moi idéal ». Évidemment, cette expérience est accentuée par la production hormonale. La dopamine et des autres hormones font que ces personnes ressentent une énorme excitation et un engouement qui est pris par de l’amour. Leur but inconscient est de trouver la sécurité existentiale qui leurs a manqué dans l’enfance.

 

L’amour romantique est un état auto-hypnotique

 

L’amour romantique est une sorte d’hallucination positive, qui permet aux personnes concernées de reproduire de manière fantasmatique la sécurité et la fusion ressentie dans les bras de leur mère lorsqu’elles étaient bébés. Inconsciemment, elles espèrent que quelqu’un sera leur mère inconditionnelle qui va leurs aimer et leur donner une base de sécurité. En même temps, elles espèrent que cette personne sera aussi leur bébé. C’est ainsi qu’elles recréent la sensation fascinante d’une fusion absolue. En recréant cette symbiose imaginaire, elles se passionnent pour leur état amoureux lui-même, car cet état hypnotique produit des sensations sublimes sur le plan émotionnel autant que corporel.

 

Ce que les personnes auto-hypnotisées ne voient pas

 

Les personnes hypnotisées par l’idée de l’amour romantique, ne voient pas que la personne qu’elles utilisent pour accomplir leur rêve est une entité distincte d’elles. Elles ne voient pas que leur rêve est fusionnel et qu’elles vivent en état de régression d’âge. Elles ne reconnaissent pas le fait qu’elles n’ont pas dépassé le stade évolutif de différenciation et d’individuation. Elles ne se rendent pas compte qu’elles font de l’autre un objet de leur propre psychisme :  « Leur bébé intérieur ». Elles ne voient pas que l’utilisation qu’elles font de l’autre, les empêche de regarder cet être humain tel qu’il est. Comme elles ne reconnaissent pas l’individualité unique de l’autre personne, elles n’identifient non plus ses comportements. Elles ne voient pas qu’elles lui donnent tout pouvoir sur elles. C’est une forme d’auto-duperie qui tôt ou tard les faits souffrir, car par cette hypnose, elles entrent dans une relation toxique ou dans une dynamique d’évitement de la véritable intimité.

 

Le stade évolutif de différenciation et d’individuation

 

Une personne qui a dépassée l’étape d’individuation, de différenciation et de séparation, est capable d’intimité parce qu’elle incarne son Autonomie. Elle reconnait l’être aimé comme distinct d’elle-même.
Par contre, la personne qui n’a pas dépassée cette étape, reste psycho affectivement infantile. Elle souffre d’une insécurité « ontologique ». [Du mot grec Ontos, qui signifie Être]. Cette insécurité d’être émerge dans l’enfance entre 8 mois et 4 ans. L’enfant qui n’a pas pu s’individualiser et se séparer psychologiquement du parent, a été instrumentalisé, maltraité ou abandonné ou utilisé comme une extension identitaire ou comment un partenaire romantique. Par conséquent, l’enfant n’a pas pu évoluer vers son Autonomie psychoaffective. Son « moi » est resté attaché au « moi absent » de l’un ses parents ou de les deux. Dans sa vie d’adulte, cet être humain inaccompli, ressent le besoin d’avoir une relation fusionnelle pour sentir sa complétude, la confiance en elle-même et la joie d’exister. Sans l’autre, cet être humain se sent seul, en manque d’amour et vide.

 

Identifiée à son « faux self », la personne qui est restée figée dans l’enfance ne peut pas ressentir d’amour pour elle-même. Elle ne sait pas poser des limites psychoaffectives, ni n’écoute ses besoins fondamentaux. Elle ne connaît donc pas la véritable intimité.

 

Les étapes de l’évolution vers l’autonomie sont les suivantes :

  1. De zéro à huit mois, le bébé passe par un stade préverbal, pré-égotique et prérationnel, au cours duquel ses frontières sensorielles sont établies.
  2. De huit mois à quatre ans, l’enfant entre dans le stade intermédiaire, égotique et narcissique, au cours duquel la séparation corporelle et l’individuation psychique commencent à s’opérer.la psychanalyste Margaret MAHLER la désigne comme l’étape de « séparation/individuation ».
  3. De quatre ans à sept ans, l’enfant traverse le stade de la pensée représentative, au cours duquel il découvre le langage, les symboles et les concepts.
  4. De sept à onze ans, surviennent des changements très profonds relatifs aux règles sociales et aux rôles qu’il obtient dans le monde.
  5. De onze à seize ans, émergent la capacité d’introspection et le discernement. C’est le stade de la pensée post-formelle, ou pensée cognitive, au cours duquel l’enfant réfléchit sur les normes et les règles de la société et, surtout, commence à en juger lui-même de leur validité.
  6. De seize à vingt ans, il passe par une étape où se développent l’empathie et la capacité d’aller vers les autres et de s’intéresser vraiment à eux.
  7. Si ces phases sont parcourues sans obstacles, vers 21 ans se développe un stade trans-égotique ou trans-personnel, au cours duquel le jeune adulte intègre ses différentes expériences, réévalue ses points de vue, démantèle ce qu’il croit être et se réveille de son « hypnose identitaire ».

Si par cause du dysfonctionnement familial, ces étapes ne sont pas parcourues, l’enfant ne peut pas évoluer vers son Autonomie psychoaffective. Dans sa vie d’adulte, il vivra hypnotisé par les objets de son propre psychisme, et par les mécanismes de survie de son « faux self ».

 

Les parents immatures génèrent le rêve du grand amour

 

S’ajoutant à l’hypnose collective de notre société, les parents qui souffrent de dépression, de troubles de la personnalité, de dépendance affective dysfonctionnelle ou de toute autre psychopathie, sont absents sur le plan psychoaffectif et émotionnel. Inévitablement, leur attention est accaparée par leur psychopathie. Puisque ce type de parents sont immatures et psychiquement fragiles, ils agissent mécaniquement selon leurs fixations infantiles. Ils ne peuvent pas s’empêcher d’instrumentaliser leur enfant pour combler leur propre vide intérieur. Ou bien, ils négligent, ignorent ou abandonnent leurs enfants. Ou encore, ils utilisent leurs enfants inconsciemment, de multiples manières, sans respecter leurs frontières psychoaffectives. Par exemple, le père qui fait de sa fille sa partenaire romantique entretient avec elle un inceste dissimulé. Vous pouvez lire l’article sur ce thème ici.
Quels que soient leurs comportements redondants des parents immatures, le fait est qu’ils négligent les besoins  fondamentaux d’amour, de respect et d’attention de leurs enfants.
 Ces derniers risquent d’être malheureux toute leur vie, parce que l’absence psychoaffective des parents, les empêche d’évoluer vers leur Autonomie émotionnelle et psychoaffective.

 

Inévitablement, la base de sécurité de ces enfants s’effondre. Comme toutes les victimes d’abus, qui font l’introjection de l’abus de leur agresseur, ces enfants font l’introjection de l’absence de leurs parents. En intériorisant leur absence physique ou psychoaffective et émotionnelle, ils la fixent dans leur psychisme. Cette fixation génère une anxiété chronique qui, paradoxalement, leur permet de maintenir un lien fantasmatique avec leurs parents. C’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas se différentier ni s’individualiser de leurs parents.
Par conséquent, dans leur vie d’adultes, ces personnes s’enferment dans un monde imaginaire pour trouver leurs propres repères, au même temps qu’elles recherchent une relation fusionnelle. Inconsciemment, elles veulent se guérir de l’absence intériorisée, vécue dans l’enfance. Mais malheureusement, ils ne trouveront que des personnes qui confirment leur vide et leur manque d’amour et de présence.

En résumé :

Pour se défendre de l’absence psychoaffective d’un parent immature et de l’insécurité terrifiante que cette absence génère, l’enfant adopte un « faux self » et met en place des mécanismes défensifs de survie. Il crée, entre autres, le fantasme inconscient d’un amour absolu. Dans sa vie d’adulte, émerge la quête compulsive d’une relation fusionnelle extraordinaire qui le rendra enfin heureux. S’il/elle ne remet en question son « personnage », sa quête compulsive reste figée dans sa psyché pour le reste de sa vie.

Voici quelques mécanismes qui établissent les enfants :

  1. Chaque enfant idéalise le parent qui l’instrumentalise, l’ignore ou l’abandonne.
  2. Ils font l’introjection de l’absence psychoaffective de leurs parents. L’introjection est un processus inconscient par lequel, l’absence d’un parent est incorporée à la perception de l’enfant. C’est pourquoi il confond « l’amour » avec « l’absence » de ce parent.
  3. Quand la base de sécurité éclate, un doute terrifiant de ne pouvoir exister sans ce parent émerge en chaque enfant. Les enfants restent donc psychiquement attachés au parent qui les a blessé par son absence. Ils ne peuvent pas se séparer de ce parent, ni ne peuvent s’individualiser, ni évoluer vers leur Autonomie psychoaffective et émotionnelle.
  4. Les enfants croient que la maltraitance et l’absence psychoaffective de leur parent est de leur faute.
  5. Pour réparer  leur « faute » , ils jouent des rôles auprès de leur parent absent, tels que le rôle de petite maman ou de petit papa, ou ils deviennent le partenaire romantique de ce parent.

Devenus adultes, ils pressent les traits de caractère suivants :

  1. Sans se rendre compte, ces personnes vivent dans un état hypnotique de régression d’âge.
  2. Elles ne savent pas poser leurs frontières psychoaffectives et se sentent attirées par des personnes qui ne peuvent pas les respecter.
  3. Comme l’absence psychoaffective est confondue avec amour, elles font le transfert du parent absent sur le partenaire.
  4. Par l’introjection que leur enfant intérieur a faite de l’absence psychoaffective de ses parents, elles deviennent romantiques et cherchent « l’âme sœur » et l’amour fusionnel.
  5. Mais dans cette quête, elles deviennent si naïves, qu’elles croient que le monde est fondamentalement bon, et elles ne reconnaissent pas la façon dont elles sont utilisées.
  6. Elles donnent à leur partenaire toute l’attention ce dont elles pensent qu’il a besoin.
  7. Elles confondent l’amour avec l’absence psychoaffective vécue dans leur enfance.
  8. Elles confondent aussi l’amour, avec l’infantilisation qu’elles font de leur partenaire.
  9. Elles pensent que leur partenaire va enfin les aider à réparer leur blessure.
  10. Elles pensent que leur partenaire va les aider à se reconstruire.
  11. Elles perdent toute capacité de reconnaître leurs besoins fondamentaux d’ARA : Amour, Respect et Attention.
  12. Elles se sentent attirées par des personnes qui, au nom de l’amour, les utilisent pour leur propre bénéfice. Elles se sentent attirées par des manipulateurs émotionnels qui les font souffrir.
  13. Si elles trouvent un narcissique sur leur chemin, elles lui permettent de contrôler leur vie.

Ces traits de caractère, correspondent aussi aux personnes souffrant de dépendance affective dysfonctionnelle. Vous pouvez lire l’article sur ce thème ici.

 

Le traumatisme généré par la relation avec une personne narcissique.

 

Si vous êtes une personne romantique à la recherche d’un amour unique, et que vous trouvez un partenaire narcissique, il/elle vous fera revivre votre traumatisme d’enfance. Inconsciemment, il commence par prendre le contrôle de la relation à travers son « identité d’absence ». C’est une identité vide, par laquelle vous allez confirmer l’absence psychoaffective et émotionnelle de vos parents.
Depuis le départ, le narcissique vous montre son absence au même temps qu’il utilise la stratégie de bombardement affectif. Ce qui est très déstabilisant et confusionnel. Comment fait-il ça ? À l’intérieur de son identité d’absence, se trouve, métaphoriquement parlant, une galerie de miroirs qui reflètent votre meilleure image. C’est ainsi que le narcissique vous épate, il vous permet de tomber amoureuse de votre « Moi idéal » ! Vous entrez dans un état d’auto-entichement, parce que le narcissique n’est pas là. Écoutez bien, un narcissique ne peut pas être là ! Il n’est que le simulacre d’un être humain qui, comme un vampire vous fait entrer dans un espace où votre manque d’amour et votre vide intérieur seront confirmés.

Le psychologue et professeur Sam VAKNIN, expert international en trouble de la personnalité narcissique, affirme que les narcissiques vous disent implicitement ceci :

« Si tu me donnes ta vie, je te donnerai une seconde chance de guérir ta blessure. Tu vas te reconstruire avec moi, tu vas grandir et évoluer avec moi ! Tout ce que tu dois faire, c’est me donner le contrôle absolu de ta vie ».

Si vous ne posez pas des limites psychoaffectives, vous répondez à son message par la suradaptation. Dans ce cas, remarquez que si vous êtes dépendante, le narcissique ne fait que répondre à votre propre dysfonctionnement. Autrement, il ne deviendra pas votre partenaire. Une fois qu’il a établi ses propres règles, vous allez vivre avec lui l’enfer, les 5 phases prédictibles de la relation  : cliquez ici pour connaître ces phases. Cela dit, si vous tombez amoureuse d’un narcissique, c’est que vous devez évoluer vers votre Autonomie psychoaffective et émotionnelle. Et la seule façon d’évoluer vers votre Autonomie psychoaffective est de remettre en question le « personnage » que vous croyez être.

Il est essentiel de vous déshypnotiser de l’identité d’absence qui contrôle votre vie,
et de constater la Présence de l’Être authentique que vous êtes.

 

Processus d’introspection et de déshypnose

 

Voici un extrait d’une démarche d’introspection menée par l’une de mes clientes pendant un travail intensif individuel de 3 jours consécutifs. Ayant été victime d’un abus narcissique de la part d’un père émotionnellement absent, elle avait adopté un « moi » dépendant et romantique. Pour comprendre les effets traumatiques produits par l’abus narcissique, cliquez ici. Voici quelques réponses qu’elle donnait à mes questions à la fin de ce processus :

Quand tu étais identifiée au « moi » dépendant, quelle était ton expérience de l’amour romantique ?

― Quand j’étais identifiée à ce « moi », j’ai ressenti l’amour comme une entrante fusionnelle, comme une passion exaltante si énorme, que je ne pouvais pas m’en passer. Même si ce n’était qu’une chimère, je croyais que cet amour fusionnel était le sens de ma vie. Je me suis sentie tellement prise, que je pouvais m’évanouir d’amour quand cet homme narcissique m’embrassait. C’était tellement magique, que j’ai perdu tout raisonnement logique et que je me suis attachée à lui. Je pensais avoir trouvé « l’âme sœur » et je croyais qu’il allait me faire avancer.

Quel âge psychologique avait le « moi » qui t’a fait croire cela ?

― C’était un petit bébé qui cherchait la fusion avec sa maman. J’ai perdu tous mes repères d’adulte et je n’étais qu’un petit bébé.

En état de régression d’âge, que s’est-il passé ?

― Dans cet état de régression, j’ai négligé mes besoins. Je me sentais transportée à un monde fantasmatique décalé de la réalité. Je m’oubliais moi-même. Ce « moi », dépendant et romantique, a pris tout l’espace de ma conscience. Je vivais dans un paradis hypnotique où je suis tombée amoureuse de l’image que j’avais de l’amour.

Et quelles ont été les conséquences de te laisser porter par ce paradis illusoire et hypnotique ?

― J’ai donné à ce narcissique le pouvoir de me détruire. Je lui ai donné le pouvoir de me faire vivre à sa merci. Quand j’ai découvert qu’il me trahissais, j’ai tombée de mon nuage et je lui ai exprimé ma colère et ma détresse. C’est alors qu’il a fait de moi la cible de sa rage. Il est devenu violent comme mon père. Je suis tombé de très haut ! Je suis devenue l’ombre de moi-même. J’ai entré dans une dépression et je voulais mourir. Je voulais me suicider. J’étais si traumatisée, qu’après la séparation, cela m’a pris un très long temps pour revenir à moi-même. C’était un très long deuil que je peux conclure aujourd’hui.

Maintenant remarque, dans cet état hypnotique, qu’est-ce que tu as fait à cet individu ?

― Je dois admettre que, identifiée à ce « moi », j’ai utilisé cet homme pour ressentir cet état fusionnel. Je voulais trouver en lui les bras de la mère sécurisante que je n’ai pas eue.

Et qu’as-tu fait concrètement ?

J’étais suraimante. Je suis devenue sa maman et je l’ai infantilisé. Je voulais satisfaire tous ses désirs et tous ses besoins. Même s’il a permis cela, je l’ai détourné de la réalité. Je n’ai pas fixé de limites et je suis restée dans cette relation jusqu’à ce que je le laisse me détruire. Maintenant je comprends qu’il me maltraitait parce qu’il est narcissique comme mon père. Grâce au processus d’introspection, je sais maintenant que je cherchais un amour fusionnel parce que je n’étais pas aimée. J’étais plutôt maltraitée et instrumentalisée par mes parents. J’étais traumatisée par l’abus narcissique de mon père. Mais je ne continuerais plus à chercher l’amour chez les autres, car aujourd’hui, je l’ai trouvé dans mon cœur. Je crois que j’ai abouti à mon Autonomie psychoaffective.

 

Qu’est-ce que l’Autonomie psychoaffective?

 

Les personnes qui parcourent un processus approfondi d’introspection et de déshypnose, aboutissent à la conscience claire de leur existence et de leur individualité unique. Elles s’aiment vraiment, elles ne se sentent pas vides, ni ne ressentent pas le manque d’amour. Dans une relation intime, elles ont la confiance en elles-mêmes pour poser leurs limites psychoaffectives et parler de leurs besoins fondamentaux avec leur partenaire.
La véritable intimité est la possibilité de communiquer de façon bienveillante et respectueuse. Il n’y a rien de plus enrichissant que d’avoir l’accès à l’expérience de l’autre dans le contexte d’une relation adulte. La véritable intimité implique de respecter notre individualité unique autant que de respecter l’autonomie de l’autre. Dans la mesure où nous considérons l’autre comme distinct de nous-mêmes, nous pouvons partager avec lui sexe et amour, en respectant ses besoins fondamentaux et ses limites, autant que les nôtres. Lorsque nous respectons l’espace de l’autre, cette personne viendra à nous de façon spontanée.

Voici ce que le psychiatre écossais Ronald David LAING (1927-1987) affirme dans son livre « The Divided Self » à propos de l’autonomie :

« La capacité de se vivre comme autonome s’appuie sur une conscience claire que l’on est une personne distincte des autres. Quelle que soit la profondeur de mon engagement vis-à-vis de quelqu’un, que ce soit dans la joie ou dans la souffrance, cette personne n’est pas moi et je ne suis pas elle. Le fait que l’autre dans sa propre réalité, n’est pas moi, implique en retour le fait, tout aussi réel, que mon attachement pour elle fait partie de moi. Si cette personne me quitte ou meurt, elle disparaît, mais mon attachement à elle persiste et je serais triste. Mais ultimement, je suis conscient du fait que je ne pouvais pas mourir sa mort, pas plus qu’elle ne pouvait mourir la mienne. D’ailleurs, comme le commente Jean-Paul SARTRE dans ses réflexions sur certains propos de Martin HEIDEGGER, personne ne peut aimer à ma place, ni prendre mes décisions. »

 

La transcendance de l’ego infantile

 

Heureusement, l’évolution vers notre Autonomie ne dépend pas de nos parents ! Nous pouvons dans notre vie d’adultes, remettre en question le « faux self » ou « personnage » que nous croyons être. Nous pouvons démanteler les certitudes et les interprétations infantiles de nous-mêmes, pour enfin vivre authentiquement sur une planète qui a besoin de nous en tant qu’adultes.
La transcendance de l’ego infantile nous permet d’atteindre notre Autonomie psychoaffective et émotionnelle. Cette évolution n’a rien de « métaphysique ». C’est l’annihilation de la vision infantile que nous avons sur nous-mêmes et sur le monde. C’est la démolition de nos conditionnements et de nos repères infantiles égotiques, jusqu’à ce que nous soyons vraiment adultes.
L’être humain qui s’offre des espaces d’introspection pour accomplir ce processus, se réveille de son « hypnose identitaire » qui est infantile, et reconnaît enfin sa véritable Nature. Il constate l’unité indivisible de sa Nature Essentielle, inclusive de sa Nature Animale. Il vit sa vie intensément en étant conscient que la vie du corps débute au moment de la conception et va s’éteindre avec la mort.
L’énergie vitale et l’attention de cet être humain circulent librement dans son corps, et vous pouvez remarquer qu’il a une présence, qu’il est aimant, chaleureux et humain, qu’il vous regarde, vous écoute et vous comprend.
Cet être humain est conscient du fait que nous sommes UN, une seule présence et non deux ou trois « moi ». Il dispose donc d’une autonomie émotionnelle et psychoaffective qui lui permet de voir les autres comme des êtres également uniques, ayant leur propre énergie vitale, leur authenticité, leurs valeurs, leurs espoirs et leur réalité existentielle, etc.
Cet être humain éprouve l’expression singulière et vivante de son existence et a une sécurité intérieure, qui lui permet de vivre bien sa solitude et qui lui permet également d’établir des limites flexibles dans ses relations intimes et dans les interactions humaines.
Son Autonomie psychoaffective et émotionnelle, lui permet d’être responsable de ses actes et d’apprendre de ses erreurs. Il ne confond les « objets internes » appartenant à son mental, avec les « objets externes » qui sont les êtres humains présents dans le monde réel. Il a de l’empathie affective, il écoute les besoins des autres et ressent de la compassion. Il agit envers autrui avec humanité et authenticité. Il vit donc dans une disposition interculturelle et de réciprocité sociale qui lui permet de s’intéresser aux besoins fondamentaux et à la souffrance de tous sur cette planète Terre.

 

Le grand poète et mystique persan Rūmī (1207-1273) dit :

« Votre tâche n’est pas de rechercher l’amour,
mais de découvrir et démanteler toutes les barrières mentales
que vous avez construites contre l’amour. »